Marijan Zadnikar

 Monastère de Stièna

 

La querelle des investitures entre la papauté et l’empereur germanique et l’enthousiasme des premières croisades marquent la fin du 11e siècle en Europe. L’élan spirituel de cette époque, embrasant l’Europe Occidentale, a profondément marqué le monachisme occidental. Malgré les réformes successives, issues de Cluny, Rome française, l’ordre bénédictin, avide des richesse et puissance de ce monde, s’éloignait de plus en plus de la Règle de St Bénoit, son fondateur, et de son principe fondamental Ora et labora , prie et travaille, gagne ton pain quotidien toi- même tout en pratiquant la prière. Quelques moines alors, résidant au monastère bénédictin de Molesmes en Bougogne, mécontents de la situation en leur ordre, se décid`erent alors  de choisir la solitude de la pleine marécageuse au sud de Dijon et d’y partager la vie commune nouvelle, simple et modeste, la vie comme elle avait été conçue et déja vécue par saint Bénoît, père du monachisme occidental, il y avait 600 ans. Le »nouveau monastère« de Cîteaux donna au nouvel ordre le nom de cisterciens. En 1098 tombe la date de la fondation du nouvel ordre, 900 ans se sont écoulés depuis le moment. Grâce à son épanouissement rapide, l’ordre compta en Europe à la mort de St Bernard, abbé de Clairvaux et son plus grand fils spirituel, 343 communautés .

 

A peine trente bonnes années après la fondation de l’ordre cistercien (1098), à l’abri des collines de la Basse Carniole on  commença à bâtir, en 1132, l’abbaye de Stièna, le plus ancien des monastères cisterciens construits sur le territoire slovène actuel. A sa fondation de fait et de droit (1135/36)  pourvit le patriarche d’Aquilée, Peregrin, en tant qu’évêque compétent, dont l’influence s’étendait jusqu’en Bourgogne, province mère de l’ordre, d’où vinrent les premiers moines ensemble avec le constructeur français Michel. Dans les siècles suivants, beaucoup de nobles firent de riches donations au monastère. Stièna subit, dans tous les domaines, des dégâts considérables, provoqués par les incursions turques, surtout dans la seconde moitié du 15e siècle. Au 17e siècle, le monastère connut un grand épanouissement, mais le 6 octobre 1784 l’empereur Joseph II donna l' ordre de le dissoudre. La vie régulière de l’ordre cistercien y reprit son cours en 1898. Aujourd’hui, malgré le nombre modeste des moines, Stièna vit et se développe même en un centre spirituel et culturel important.

 

Dans les 850 bonnes années de son existence, le monastère de Stièna s’est développé en un vaste organisme de bâtiments bien organisés, entouré d’une enceinte, renforcée et fortifiée par des tours, ayant servi de défense contre les Turcs à la fin du 15e siècle. Dans ce complexe s’est conservé jusqu’à nos jours le noyau le plus ancien du monastère, datant  des temps de sa formation au 12e siècle. Ainsi appartiennent `a la période romane l’église de l’ordre, le cloître et les ailes attenantes, ensuite la chapelle extérieure ou d’entrée de St. Paul et du côté nord, se situant en dehors de l' enceinte, l’église de Ste. Catherine, conservée seulement dans ses fondations.

 

Du dehors, l’église de l’ordre, consacrée comme toutes les églises cisterciennes à la Mère de Dieu, n’atteste aujourd’hui pas du tout son âge de 850 ans, parce que sa partie la plus probante, l’étage basilical, est cachée par le toit postérieur à deux pentes, dont l’église avait été recouverte après la première reconstruction baroque au début du 17e siècle. Alors, au-dessus des voûtes baroques du grenier actuel est resté l’étage lumineux entier de la basilique romane avec un double rang de hautes fenêtres et avec de nombreuses preuves qu’autrefois l' ensemble de l’église, avec ses trois nefs longitudinales, avec sa nef transversale et sa croisée, était recouvert simplement de plafonds plats en bois. Dans l’intérieur baroquisé, excepté le plan de base, ne rapellent le roman  que les deux rangs d’arcades avec six paires d’arcs semi-circulaires, alors que pour la septième paire, lors de la baroquisation, l’église romane fut raccourcie au côté occidental. Si l’on examinait, sous le pavé devant le maître-hôtel, l’abside principale romane et  les fondations déterrées des deux absides latérales dans la cour orientale, si ensuite l' on  étudiait  les fondations de la petite abside de la nef transversale, déterrées dans »l’ancienne sacristie« et l’étage lumineux au grenier, l'on pourrait reconstruire en esprit l’église romane comme une basilique à piliers et à trois nefs, recouverte en plan, se composant de la nef transversale et de deux longues chapelles auprès du carré du choeur,  qui toutes les trois se terminent en ligne droite par les grandes absides semi-circulaires, alors que deux  petites absides terminent les branches de la nef transversale. L’église de l’ordre ainsi conçue n' observe ni  le plan de base dit bernardin ni l’architecture de voûte bourguignonne du type Fontenay, bien au contraire, elle renouvelle la conception bénédictine, suivant  le modèle de Cluny II.  Aujourd’hui, Stièna représente en Europe l'église cistercienne »non-cistercienne« unique. Elle fut consacrée le 8 juillet 1156. Dans un document de la fin du 12e siècle, le constructeur de la basilique  est noté comme  »cementarius« Michel, Français de naissance.

 

Au baroque précoce, au temps de l’abbé Jakob Reinprecht (1603-1626), on  essaya de donner `a cette construction romane le caractère baroque par des voûtes et par un nouveau revêtement. On n’y a réussi qu’en partie, car la conception romane à trois nefs spatialement non homogène, aux piliers et aux arcades semi-circulaires domine et détermine l’impression que l’espace fait sur le visiteur de l’église. Ni la décoration architecturale baroque se manifestant  en stucs ornementaux, en une série de blasons provinciaux sur la voûte sous la tribune et de blasons épiscopaux et de l’ordre sur les voûtes des nefs latérales , ni  le grand blason décorativement efficace de l' abbé Jakob, rénovateur de la basilique de Stièna,  ni  les peintures murales dans la coupole et sous les voûtes de la nef centrale, ne peuvent convaincre le visiteur  de l’origine baroque de l' église.

Excepté quelques monuments funéraires, parmi lesquels  excelle l’épitaphe , exécutée en pierre rouge, destinée `a  l’abbé déjà mentionné, l' ensemble de l’équipement actuel de l’église est baroque. Celui- ci appartient au baroque tardif, style qui dominait la decennie avant la fatale dissolution de l' abbaye. De la période de la premi`ere baroquisation , celle du début du 17e siècle, ne témoigne que la statue de Marie dans le maître-autel. Du baroque tardif datent aussi bien le maître-autel que les autels latéraux qui , bien qu' ils n' atteignent  pas la qualité européenne de pointe , harmonisent  bien avec  le reste de l' équipement, notamment avec le buffet d’orgue et la chaire .

 

Il faudrait pourtant tout particulièrement attirer l’attention du visiteur sur les 14 stations du Chemin de la Croix, peint en 1766 par le peintre carniolien Fortunat Bergant. Celles- ci, exposées dans les cadres finement découpés de la même époque,  représentent actuellement le plus grand trésor  de l'art figuratif de l’église de Stièna.

 

Au sud de l’église se trouve le cloître. Les murs qui encadrent ce centre actif du monast`ere en trahissent la conception romane. Le roman se manifeste par les entrées semi-circulaires, qui autrefois menaient vers les locaux communs, accessibles du cloître, mais qui sont actuellement emmurées. De cette première période datent ensuite deux fenêtres doubles romanes, qui autrefois  reliaient le cloître et la salle capitulaire, se trouvant dans l' aile orientale. Aujourd' hui, le style ogival primaire prédomine au cloître; auparavant en bois et aux combles visibles de toits en appentis, il fut reconstruit et muni de voûtes d’arêtes à côtés vers l' an 126o. Pour cause d' un certain ascetisme, refusant tout art figuratif, dans le couloir un peu plus large, du côté  de l’église l'on fit décorer les clefs de voute par quelques éléments figuratifs seulement. P. expl. Christ Souffrant, Agneau de Dieu et  Tete du Christ. Cependant, dans la partie occidentale, auprès de l’aile des frères, le visiteur est surpris par de grands visages masculins et féminins, décorant, ici seulement, les consoles géométriques,  partout ailleurs simples et sévères. Dans le cloître, les peintures des voûtes attirent l' attention du visiteur, elles embrassent aussi bien les motifs de l’Ancien Testament, tels que  patriarches,  prophètes et histoire de Jonas ou de Samson,  que les diverses représentations du monde d’idées et de sentiments de l’homme médiéval. C’est ainsi que ces peintures, effectuées dans la premiere moitié du 14e siècle, sont en quelque sorte l'encyclopédie peinte de l' époque. Elles se sont parfaitement conservées, par exemple les personnifications des quatre vents principaux et les allégories des quatre vertus ainsi que les patriarches , les prophètes et quelques animaux fantastiques ou sacrifiés. Le temps a pourtant détruit, presque jusqu’à la méconnaissance, beaucoup des 24 voûtes, autrefois décorées des peintures. Quant aux restes architecturaux, sculpturaux et picturaux le cloître de Stièna ne pourrait pas se ranger parmi les cloîtres les plus éminents européens, mais il attire  le visiteur par  son ambiance et figure ainsi comme  porteur des valeurs spirituelles. Suivant les saisons, le gazon au milieu du cloître reverdit ou feurit, les rayons de soleil tracent sur le sol les reflets multiformes des fenêtres pointues et ainsi le cloître   change constamment d' ambiance, nous invitant à vivre cet espace architectural singulier qui est le coeur m^eme du monastère. Dans l’entrée médiévale actuellement murée, par où autrefois les moines passaient du cloître à l’église, se trouve emmurée la belle pierre funéraire du comte Pongrac de Turjak de la fin 15e siècle et dans la cavité `a côté, il y a quelques produits précieux de carrier, comme par exemple la base d’un grand pilier roman qui fut intégré dans l’église du proche Šentvid, etc.

 

Au rez-de-chaussée la disposition des locaux le long du cloître est dans tous les monastères cisterciens pareille. En 1997, lors des fouilles on constata qu’il y avait eu à Stièna, près de la salle capitulaire actuelle, le couloir reliant la galerie orientale du cloître et la grande cour Est. Deux ouvertures en plein cintre romanes, encore bien conservées, en témoignent l’existence, l’une du côté de la cour, l’autre du côté du cloître. Près de ce couloir, il y avait le parloir du monastère qui au 13e siècle avait été transformé en prison, usuelle à l’époque, destinée aux moines désobéissants punis. Dans la galerie orientale, on apperçoit encore une fente rectangulaire au dessus du sol, c’est l’ouverture gothique de la prison. Au baroque , le couloir et le parloir ont été réunis et transformés en salle capitulaire actuelle, éclairée par trois hautes fenêtres, donnant sur la grande cour Est. Les vitraux , conçus par le peintre polonais Stanislas Jakubczyk, datent de 1991. Ils représentent Annonciation, Crucification et Descente de la croix.

 

En 1998, le plancher en bois de la salle capitulaire a été entièrement restauré. Le long des murs, on a fait installer 37 sièges en bois. Cet équipement a été conçu et executé avec beaucoup de goût et de connaissances par Jože Trontelj, artiste autodidacte. Le dos du siège de l’abbé et ceux des deux autres qui le flanquent sont décorés des incrustations représentant les blasons de l’ordre cistercien, de l’abbaye de Stièna et de celle de Wettingen- Mehrerau, initiatrice de la reprise de la vie monacale à Stièna en 1898. Les bas- reliefs représentant les bienheureux, saints et saintes cisterciens, séparent et unissent à la fois les dos des sièges. Il y en a en tout 41. Au milieu de la salle, il y a l’ambon reposant sur les symboles des quatre évangélistes, disciples de notre Seigneur qui nous ont transmis la Bonne Nouvelle. La salle capitulaire ainsi modernisée présente l’apport précieux aux trésors artistiques de l’abbaye. C’est que toute époque complétait les trésors déjà existants par ses propres oeuvres d' art ; c’est la loi éternelle de la vie.

 

Au côté sud, le cloître s’ouvre vers le réfectoire monacal commun. Celui-ci occupe le rez-de-chaussee d’un grand bâtiment gothique s’avançant dans le jardin. Primitivement le réfectoire comprenait un seul espace et s’étendait dans toute la hauteur jusqu’à l’étage. Il était éclairé par de hautes fenêtres gothiques. Au baroque, cet espace unique fut divisé par une voûte intermédiaire, de sorte que maintenant audessus du réfectoire on a pu installer la bibliothèque du monastère. Dans le réfectoire, la voûte en berceau avec des creux triangulaires à la base est ornée de stucs baroques décoratifs et en partie même figuratifs, alors que les médaillons de voûte aujourd’hui blanchis étaient primitivement couverts de fresques du peintre tyrolien Ferdinand Steiner de l’année 1704.

 

Dans la bibliothèque, qui est une salle simple au plafond plat, ne sont peints que les châssis dormants des grandes fenêtres, représentant les bustes des sages grecs et romains légendaires, tandis que les peintures décoratives dans les médaillons latéraux contiennent les scènes illustrant leur philosophie et les sentence reproduites  au-dessus  en latin. Par leur style, ces peintures murales appartiennent à la seconde moitié du 18e siècle. Aujourd’hui, la bibliothèque du monastère, ne garde malheureusement plus les fameux manuscrits de Stièna, datant  de la seconde moitié du 12e siècle. Leurs  initiales aux couleurs variées se rangent au sommet même de la peinture européene du livre de l’ époque.

 

Après la dissolution du monastère, quelques-uns de ces manuscrits ont été transférés à  la Bibliothèque nationale de Vienne, mais la plupart en sont conservés à la Bibliothèque nationale et universitaire de Ljubljana.

 

Suivant les nouveaux besoins, apparus dans les siècles postérieurs, le noyau roman du monastère fut modifié et de nouveaux  bâtiments y furent ajoutés. Ainsi, au milieu du 16e siècle, l’abbé Volbenk Neff (1550-1566)  fit prolonger loin vers l’ouest l’aile méridionale de l’abbaye par un bâtiment de deux étages. Au rez-de-chaussée, l' on accède du jardin directement au vestibule, dont la triple voûte d’arêtes est recouverte des peintures décoratives représentant un dense réseau de vrilles végétales et de feuilles vertes, parmi lesquelles s’entrelacent  fleurs, baies et oiseaux. Au sommet se manifeste un grand blason peint de l’abbé Volbenk et ensuite, dans un autre champ de voûte,  le blason du monastère styrien de Rein près de Graz . Lors de la fondation de Stièna, Rein avait été désigné de l’Ordre monastère principal et par conséquent, reliait plus tard en une certaine union les monastères dans cette partie de l’Europe. Ces peintures décoratives sont typiques  pour le milieu du 16e siècle.

 

Du côté oriental, de hauts bâtiments monastiques ferment la grande cour d’entrée, qui d' habitude accueille la première le visiteur de cette cité respectable de l’Ordre. A l’est, elle est fermée par une longue aile de deux étages, aux arcades au rez-de-chaussée, à travers laquelle l’entrée principale mène au monastère depuis le 18e siècle. Au nord se trouve un excellent bâtiment Renaissance , celui de »l’ancienne prélature«.  La très ancienne aile du chapitre et le côté oriental  de léglise de lordre  en  »gothique« fortement attardé du début du 17e siècle et au  clocher baroque surmontant la croisée des nefs limitent la cour du côté  occidental. Au côté sud, cette cour fut fermée à peine au 18e siècle par l’édifice baroque de représentation  se composant du bâtiment principal avec la »chapelle de l’abbé« à l’étage et de deux ailes plus basses  qui le flanquent.

 

 Dans son noyau, l’aile du chapitre est le bâtiment le plus ancien. Au rez-de-chaussée, lors des travaux de  restauration, une belle construction romane apparut et  ensuite pr`es  de l’entrée semi-circulaire qui autrefois reliait la cour au cloître, l' on dégagea toute une série d’ouvertures emmurées de formes différentes, parmi lesquelles à l’époque romane au moins quelques-unes d’entre elles éclairaient le dortoir monacal commun au premier étage. Dans ce bâtiment, on aménagea ensuite, au 18e siècle, l’actuelle entrée principale du monastère, ladite porte du monastère, qui était jusque là à l’extrémité supérieure de la longue aile près du ruisseau, où maintenant se trouve la tour supérieure. Auprès du presbyterium »gothique« de l’église du monastère, le visiteur peut voir les fondations déterrées et aménagées des deux absides semi-circulaires de la basilique romane.

 

Comme le prouvent les deux gravures de Valvasor, à la fin du 17e siècle encore, la cour n’était pas fermée vers le sud.. A peine au 18e siècle, l’abbé Viljem Kovaèiè (1734-1764) se décida à combler convenablement cette lacune et à uniformiser ainsi dans l’esprit baroque la grande cour orientale. Suivant le modèle des monastères européens plus riches, il fit bâtir l’édifice de représentation en faisant construire un  double escalier, large et vaste comme il y en avait alors dans les châteaux et les palais des nobles. Cet escalier, `a la fontaine au rez-de-chaussée, mène à une salle somptueuse à l’étage, que nous nommons aujourd’hui »la chapelle de l’abbé«. Le bâtiment et son architecture intérieure  furent terminés  au baroque tardif seulement, au temps de l’abbé Taufferer (1764-1784). A cette période plutôt avancée correspondent les riches petits murs en couronne, les stucs légers et la porte marquetée, décorée de motifs typiques de l' époque. La salle de cérémonie exprime ainsi la légèreté et l’enjouement propres au baroque tardif,  auquel les couleurs légères enlèvent tout poids de vie, comme si la vie n’était qu’un seul poème enjoué. Cette ambiance s’ accentue par les peintures murales, pleines de symbolisme chrétien,   œuvres de ce même peintre anonyme que l’ on a déjà rencontré dans la bibliothèque du monastère.

 

»L’ancienne prélature«, qui ferme la grande cour d’entrée du côté nord, tourne sa veritable façade vers le nord. C’est par là qu’arrivaient alors les hôtes du monastère, car l’actuelle entrée baroque du monastère n' existait pas encore. De nos jours, le bâtiment à deux étages nous semble imposant et homog`ene. Si l'on le regarde pourtant de plus près, l' on constate que sa partie ouest est un peu plus ancienne et qu’elle a été conçue comme un bâtiment indépendant, pareil `a  une tour de défense. La preuve en sont les créneaux, tournés de tous côtés, puisque du temps de sa construction à la fin du 16e siècle sous l’abbé Lovrenc, le pays était encore menacé par les Turcs et leurs compagnons d’ armes, originaires des Balkans. La véritable façade, aux formes propres  `a la Renaissance du Nord et décorée de deux saillies d’angle en forme de tours,  primitivement s’avançant assez loin et surmontant les toits, trahit sa nature ancienne .Une plaque y est apposée  nous indiquant la date de la construction en  1599. L’inscription en  latin nous renseigne que le bâtiment servait autrefois  d’auberge, destiné aux cavaliers de haut rang que l’on accueillait exceptionnellement au monastère et qui pouvaient installer leurs chevaux au rez-de-chaussée dans le vaste vestibule. Comme l’abbé Lovrencij (1580-1600) l' indique dans cette inscription, quelques années plus tard seulement, le bâtiment fut prolongé vers l’est par son successeur, l’abbé Jakob (1603-1626), grand constructeur du baroque précoce de Stièna et protecteur des arts. Sur le portail en pierre, décoré des blasons qui le surmontent, est marquée l’année 1605 et de l’année suivante est datée la double fenêtre Renaissance au second étage au côté sud, où  l’inscription mentionne aussi l’abbé Jakob. Autrefois, ce bâtiment hébergeait l’administration du monastère et de sa vaste propriété; dans le bâtiment il y avait ensuite les chambres réservées `a l’évêque  lors des visitations,  les archives du monastère et la chapelle de la maison, consacrée à la Vierge. Le si`ecle des »lumières« a tout détruit par la dissolution du monastère en 1784.  L’équipement et les précieuses archives centenaires furent dispersées un peu partout. De l’ancienne richesse ne se sont conservés que les locaux vides, certains parmi eux pourtant aux beaux plafonds en bois ou bien aux peintures murales entamées par le temps.

 

»L’ancienne prélature« est un bâtiment à deux étages, disposant de nombreuses pièces aux dimensions différentes. Au rez-de-chaussée, il y a deux vestibules reliant la cour intérieure du monastère et l’espace extérieur nord. Le vestibule occidental, plus ancien que le vestibule oriental, servait d’écurie, destinée aux hôtes de haut rang. L’architecture en est du style Rennaissance s’exprimant en pylastres de pierre et en voûtes en plein cintre. Restaurés, ce vestibule et les pièces attenantes qui s’ouvrent sur le vestibule oriental sont d’une noble élégance. Ils servent actuellement aux expositions temporaires. Du vestibule oriental on accède à la boutique aux produits alimentaires et autres, fabriqués au monastère même, et à la salle aux dimensions modestes, destinée au programme vidéo présentant les curiosités et l’histoire du monastère.

 

Le musée de l’art sacré slovène occupe la totalité du premier étage. Le grand vestibule voûté en est le centre. Il s’ouvre vers le nord et vers le sud. Les deux bifores nous aident à en dater la construction. Elle tombe au début du 17 ième siecle, dans les années 1605–1606. Les objets exposés, les meubles et les porcelaines surtout, proviennent de la collection léguée au monastère par Leopold Kozlevèar (1904- 1988). Résidant en Basse Carniole, il passait sa vie à en collectionner les antiquités et les objets d’art. Son portrait, executé en 1947 par le peintre Matej Sternen, domine le vestibule du premier étage. Au musée, on expose une série de peintures, les plus anciennes datent du 16e siècle et une collection d’objets liturgiques comme calices, ostensoirs, chandeliers, etc. Le tabernacle métalique de Stièna se trouve de même parmi les exponats, suivent encore quelques sceaux et impressions anciennes, des peintures d’inspiration religieuse, œuvres des peintres slovènes, adhérents au baroque: celles de Fortunat Bergant, de Valentin Metzinger, d’Anton Postl et d’autres. Il y a ensuite des vêtements liturgiques anciens et, soigneusement disposés, des produits des tailleurs de pierre médiévaux et des tuiles fabriquées au monastère.

 

Au musée, le visiteur peut admirer deux maquettes du monastère, conçues et fabriquées par Hubert Patzelt de Hirschaid en Allemagne, connaisseur excellent de l’ordre cistercien et grand ami de l’abbaye de Stièna. La première des maquettes représente le monastère de l’époque romane, la seconde celui de l’époque baroque. Le musée héberge toute documentation technique conscernant les études que l’auteur de ce guide avait voué à l’art roman du monastère de Stièna et que Hubert Patzelt avait consulté au cours des travaux consacrés aux maquettes mentionnées ci-dessus. Du côté oriental du vestibule s’étend la galerie, où l'on expose des peintures et des sculptures, surtout celles du style baroque. Une pièce est reservée à l’exposition permanente des peintures du père Gabrijel Humek (1907-1993), moine cistercien et artiste peintre. La salle suivante contient les livres et les objets, appartenant à Friderik Baraga, évêque et missionnaire parmi les tribus indiennes de la région des Grands Lacs. Dans cette aile, longeant le ruisseau, on expose entre autres les outils anciens que l'on employait au passé dans les campagnes et l'on présente certains des métiers, pratiqués autrefois au monastère même. Dans les vitrines, le visiteur peut admirer des objets votifs et de pèlerinage, des images saintes et les fragments des calvaires et des oratoires. La fameuse Marie de Solèava, la sculpture la plus ancienne slovène, présentant la Vierge, date du 13e siècle. Elle y est exposée en copie. La très riche collection d’images peintes sur verre et des sculptures en bois proviennent du legs de Leopold Kozlevèar déjà mentionné.

 

Le deuxième étage de »l’ancienne prélature« reste réservé à l’histoire du christianisme en Slovénie. Cette exposition permanente est actuellement encore en phase de préparation. Grâce aux travaux de restauration réussis, l’intérieur du bâtiment nous témoigne que son architecture date de l’époque peu après 1605. Cette même année est mentionnée dans le texte latin qui se trouve gravé au linteau de la porte, donnant sur l’escalier menant au deuxième étage. Le texte parle de Jakob Reinprecht, abbé de Stièna, grand constructeur du baroque précoce du début du 17e siècle, dès le début initiateur et promoteur de la construction du bâtiment .

 

Le grand vestibule aux bifores en forme la partie centrale. Les décorations picturales restaurées témoignent qu’au 17e siècle, le plafond était recouvert de voûtes en plein cintre. Actuellement, il est plat et crépi. Au vestibule, il y a deux portails en pierre dont les fronts triangulaires contiennent deux blasons, celui au mitre, appartenant à l’abbaye de Stièna, et celui composé du premier et du blason de l’abbé Jakob Reinprecht. Celui-ci avait fait construire le bâtiment et équiper son intérieur. La plupart des pièces ont des plafonds plats et crépis, deux salles seulement, celles du coté nord, ont conservé les plafonds originaux en bois. La première a le plafond aux poutres et aux planches plates paralleles, la seconde excelle en plafond casseté aux formes géometriques différentes, propres au 17e siècle. Il ne faut non plus oublier les meurtrières du mur intermédiaire actuel. Cette curiosité confirme que le bâtiment ancien en forme de tour, construit à la fin même du 16e siècle, était un bâtiment indépendant et servait de tour de défense contre les assaillants turcs. La pièce de l’angle, dont l’extérieur est muni de saillis, accueille le visiteur par ses décorations picturales. Celles du baroque précoce présentent les noms de certains saints et des quatre pères de l’Eglise. Plus tard, on a fait repeindre cette même pièce au temps rococo, mais ces peintures fines ne se sont pas bien conservées.

 

Les décorations murales sont nombreuses surtout dans les pièces aux dimensions modestes qui se trouvent du côté de la tour supérieure qui servait autrefois d’entrée principale au monastère. La voûte du petit vestibule central, décorée des stucs, représente les personnages allegoriques des quatre saisons, les deux murs en sont couverts de médaillons plastiques aux blasons peints. Dans la petite pièce, les peintures, recouvrant la voûte gothique, excellent en motifs végétaux et en scènes de chasse. Les murs en sont décorés de blasons, de ceux des abbés de Stièna, de la Carniole et des provinces avoisinnantes. Ces peintures nous ont beucoup aidés à mieux connaître notre peinture murale du baroque précoce, leur description détaillée dans ce guide ne nous est d’ailleurs pas possible.

 

En raison de la rénovation de »l’ancienne prélature«, aux environs de l'an 1600, l' on a  presque entièrement  démoli la chapelle romane de St. Paul près de l’entrée médiévale du monastère, parce qu’elle aurait trop gêné l’unité du nouveau palais Renaissance. Les fouilles réalisées en 1954 ont démontré que cette »chapelle d’entrée«  avait une longue nef rectangulaire et une abside semi-circulaire servant d' espace d' autel . Celle-ci dépassait la ligne de construction du long bâtiment près du ruisseau, alors que l’arc triomphal semi-circulaire et la petite fenêtre dans mur sud se sont conservés jusqu’ `a  nos jours. Sur la partie du mur nord de la nef qui subsiste encore et qui porte les traits de la construction romane , il y avait à l’extérieur jusqu’à ces derniers temps la fresque gothique de St. Eloi, patron des forgerons, des palefreniers et des cochers, peinte au milieu du 15e siècle par le fresquiste gothique Janez Ljubljanski (Jean de Ljubljana), qui peignait beaucoup dans les églises des environs sur commande du monastère de Stièna. La fresque détachée est actuellement exposée au musée de Stièna, ensemble avec le grand blason de la m^eme époque qui servait jadis de décoration  `a  l’imposant bâtiment près du ruisseau.

 

 La peinture de St. Eloi avait sa place sur ce mur, parce que c’ est par l’ancienne entrée du monastère qu' arrivaient les hôtes et les visiteurs de marque. A l' endroit où se trouve actuellement l’imposante tour supérieure, celle  qui termine le long bâtiment de deux étages près du ruisseau, il y avait au Moyen âge l’entrée principale au monastère  avec la chapelle »extérieure« de St. Paul, destinée aux visiteurs , surtout  feminins, qui voulaient assister  `a  la messe mais qui  ne devaient pas entrer dans l’église de l’ordre, parce que l' ensemble du monastère était astreint à une stricte clôture. Au 18e siècle, cette ancienne porte du monastère fut abandonnée et remplacée par la nouvelle entrée baroque monumentale. C' est  `a  ce m^eme endroit, au milieu du bâtiment d’entrée longeant le ruisseau, que se trouve  l'actuelle entrée principale du monastère.

 

Pas seulement par les restes de la chapelle romane de la »porte«, l’ancienne entrée est aussi et surtout rappelée par le vestibule voûté sous la tour supérieure, décoré de riches stucs figuratifs. Sur la voûte en berceau, dans des médaillons allongés, se manifestent quatre pères de l’Eglise latins: St. Ambroise, St. Augustin, St. Grégoire et St. Jérôme. En la partie inférieure de la courbure de la voûte, il y a d’un côté une grande composition multifigurative de la Crucifixion et, en face d’elle, une scène de masse bien animée, représentant  la Levée de la Croix . Il faudrait consacrer l'attention toute particulière au côté est,  o`u  au-dessus de l’arc d’entrée,la grande sc`ene du Jugement dernier, narrativement fort éloquente, contient maints éléments iconographiques médiévaux, repris des fresques gothiques. Comme le prouvent les abréviations, deux blasons et l’année 1620 au faîte de la voûte, ces stucs furent commandés par l’abbé Jakob, premier baroquisateur du monastère médiéval. En Slovénie, ces stucs sont des plus anciens et se rangent dans le cadre européen parmi les spécimens les plus précoces.

 

En 1994, on a abattu le bâtiment d’exploitation provisoire qui se trouvait au »jardin aux escargots«. A cette occasion la fassade ouest de l’étage de »l’aile aux frères« se dégageait dans toute sa longueur de 22 m. Au rez-de-chaussée, on notait déja avant cette intervention de petites ouvertures romanes emmurées. A l’étage alors se dégageaient les ouvertures pareilles, au milieu desquelles se trouvait l’entrée romane demi-circulaire. Les petites ouvertures à l’étage servaient sans doute à l’aération et à l’éclairage du dortoir des frères, celles du rez- de chaussée aéraient et éclairaient le réfectoire. Celui-ci servait plus tard de cave et de dépôt à provisions, ce qui est d’ailleurs sa fonction actuelle. Les ouvertures rectangulaires, percées dans le mur, indiquent l’emplacement des poutres du plafond en bois au rez-de–chaussée et celui des supports de la galerie en bois extérieure. Celle-ci permettait aux frères d’accéder de l’extérieur directement au dortoir tout en empruntant l’escalier et au rez-de-chaussée, d’accéder à l’église par l’entrée aux frères située dans la partie la plus occidentale de la basilique qui au 17e siècle lors de la reconstruction de celle-ci fut démolie. La découverte de cette fassade romane nous aide à mieux connaître l’architecture la plus ancienne du monastère de Stièna, celle de »l’aile aux frères« et nous fournit la réponse à la question qui nous préoccupait depuis toujours: quel était le chemin que les frères empruntaient pour accéder à la basilique sans croiser celui des pères.

 

Parmi les bâtiments indépendants, situés hors du monastère proprement dit, il faut mentionner l’énorme grenier à blé, inclus dans l’enceinte au côté sud-ouest. Cet imposant bâtiment d' exploitation  figure par ses trois étages voûtés, se superposant l’un sur l’autre, comme le véritable chef-d’œuvre technique de son temps. Il fut érigé entièrement à neuf en 1683 par le 43e abbé de Stièna, Ludvik Raumschüssel qui était d’origine noble (1680-1687).

 

Les Turcs, en provenance de Bosnie, s' orientaient dans leurs expéditions de pillage vers l’Europe Centrale. Comme ils passaient par la Carniole et la Carinthie et qu'au 15e siècle, ils menaçaient constamment Stièna, les moines fortifièrent davantage le monastère entouré déj`a des  murailles.Ils firent construire  l' enceinte et les tours; encore plus, en  1519, l’abbé Urban Paradiž (1516-1523) fit bâtir au côté occidental une fortification rectangulaire indépendante. Aux angles, elle avait des tours rondes, dont trois se sont encore conservées et, au milieu, il y avait une imposante grosse tour carrée,  ressemblant aux donjons des châteaux forts, équipée des installations de défense, propres  `a  l' époque.  L’enceinte du monastère s’est conservée jusqu’ `a nos jours  aux côtés sud et ouest surtout, elle y atteint par endroits la hauteur de 8 m.

 

L’abbé Jakob Reinprecht, le grand bâtisseur et le premier baroquisateur du monastère médiéval, mentionné déja à plusieures reprises, fit construire à l’ouest de l’église, dans le jardin à fleurs, un pavillon, où en été, en compagnie de ses amis, il fuyait la chaleur du jour. Fidèle à l’esprit du temps, le pavillon est un bâtiment cental, basé sur l’octogone régulier. Des quatre côtés , il est percé des quatre entrées semi-circulaires, les quatre autres cotés ont les fenêtres toutes pareilles. Le pavillon est couronné de la coupole octogonale. La girouette métallique surmonte le toit pyramidal. Elle est en forme de »putto« tirant à l’arc, accompagné du blason aux trois lys, celui de l’abbé Jakob Reinprecht. Le tout est surmonté des majuscules PDIAS, initiales, indiquant en latin que l’abbé Jakob Reinprecht avait fait construire le pavillon en question. Les pavillons de ce même style figuraient dans les jardins des résidences nobles de l’époque. Celui de Stièna, construit dans les années vingt du 17e siècle, est le seul qui se soit conservé intacte jusqu’à nos jours, il est alors autant plus précieux.

 

Au sud, le jardin à l’intérieur des remparts a été transformé en partie en parc à méditation. Le gazon nous invite à nous vouer à la méditation, les murailles nous séparent du reste des espaces verts. La vigne, cette noble plante biblique qui en automne nous offre généreusement de sa sève, grimpe sur les murailles entourant le parc. Elle délimite aussi les surfaces, destinées aux groupes méditatifs ou à la méditation individuelle. Sur les socles de pierre, disposés sur le gazon, l'on expose des sculptures en bois, représentant Jésus Christ, Mère de Dieu et les deux personnages, les plus marquants du monachisme occidental, Saint Benoît et le grand cistercien Saint Bernard qui a profondément marqué le 12e siècle . Ces sculptures ont été créées au cours de ces dernières années par Jože Trontelj, notre sculpteur autodidacte. Quel magnifique îlot de paix au milieu du monde frénétique et troublé que ce parc à méditation!

 

En son noyau roman, s’exprimant par l’église et le cloître, le monastère de Stièna existe depuis bientôt 900 ans déjà. La vie régulière n’y a été interrompue que par force entre les années 1784 et 1898. Grâce à son riche passé, Stièna est actuellement taîté de monument historique national de premier rang. Au cours des siècles, le monastère se muait en un vaste complexe architectural, dévoilant au visiteur curieux tous les principaux styles européens: du roman et gothique jusqu’au style rennaissance et baroque tardif. Par conséquent, le monastère de Stièna se range parmi les monuments artistiques du plus haut rang.

 

 

Les premières notes, assez modestes, conscernant le rôle que le monastère jouait dans l’histoire slovène, datent de la fin du l9 ième siecle. Plus tard, surtout au cours des dernières décénnies du 20 ième siecle, on a réussi à mieux connaître et apprécier l’importance du monastère de Stièna. Grâce à l’église de l’ordre dont le plan se situe au sommet même de l’architecture cistercienne précoce, le monastère de Stièna occupe dans le cadre européen la place de très haute importance. De nos jours, nos connaissances en sont plus abondantes et plus détaillées. On ne saura pourtant jamais tout ce que ce monastère respectable cache à l’intérieur de ses murailles. Il restera à jamais énigmatique et nous incitera à dévoiler un jour le dernier de ses mystères.

 

Deux fois surtout, l’architecture et les arts plastiques ont fêté à Stièna leur âge d’or: lors de ses débuts au 12e siècle et lors de son épanouissement au baroque. C’est pourquoi le roman, et le baroque sont les périodes qui dominent dans le portrait artistique que l’ on y a tracé .

 

Dans  sa longue histoire, Stièna devint et resta le centre religieux et culturel de la  Basse Carniole. De nos jours, le monastère essaie de garder et de poursuivre dans l' avenir sa noble mission aussi bien spirituelle que culturelle.

 


Index| Ordo cisterciensis| Stiška arhitektura| Ora et labora| Redovna skupnost| Kako živimo ...